La Paroisse Saint-Nicolas de Cannes est composée de 6 communautés
locales : Christ-Roi, Notre-Dame d'Espérance,Notre-Dame de Bon Voyage,Notre-Dame des Pins, Sacré-Coeur du Prado et Saint-Joseph auxquelles se rajoutent cinq chapelles et trois communautés religieuses.
Voici ce temps de Carême où nous sommes appelés à cette conversion de l’esprit et du cœur sans quoi nul ne peut
gravir les marches de la sainteté. En effet, la grâce du Seigneur nous sollicite, nous somme même de répondre sans
cesse à cette vocation unique, primordiale, originelle de vivre en enfants de Dieu, nous qui sommes crées et lavés dans le sang du Christ. Nous savons cela, nous y consentons parfois, mais sommes
la plupart du temps dans une espèce d’expectative spirituelle. Car se convertir, au sens fort de ce terme biblique, c’est se compromettre à jamais pour notre Dieu… Et la compromission requiert
que nous acceptions d’être des saints, c’est-à-dire tout simplement, si j’ose dire, des amis de Celui dont nous portons le nom béni à jamais : Jésus Christ, Notre Seigneur. Le baptême que
nous avons reçu dans la foi nous le signifie, sans que nous en ayons pris toutes les dimensions anthropologiques, théologiques, pastorales.
Ne serait- ce point l’occasion, une vraie opportunité, de nous poser la question
suivante : « Qu’ai-je donc fait de la grâce de mon baptême ? » Nous ne sommes pas sans
savoir en effet que de la réponse que chacun de nous donnera, dans le secret de sa conscience, dépendra tout le reste, c’est-à-dire l’essentiel.
Nous vivons des temps ténébreux, incertains, angoissants même et nous voudrions que
notre foi chrétienne fût une réponse à tout cela. Mais il n’y a aucune réponse qui nous satisfasse sans que je confesse l’obligation où je suis d’être acteur de mon propre salut dans la totale
dépendance de la grâce de Jésus Christ. Voilà un paradoxe qu’il nous faudrait découvrir ou redécouvrir aujourd’hui plus que jamais. Je ne suis en aucune manière un spectateur dans l’histoire que
Dieu écrit pour nous et avec nous. Je parle de paradoxe, permettez-moi d’en rappeler un autre : le christianisme en son entier se vit au signe du paradoxe ou ne se vit pas du tout. Cela
exige que nous-mêmes, baptisés en Christ, soyons des êtres paradoxaux et ne considérions pas notre foi, comme allant de soi et répondant systématiquement aux questions du tout-venant. Il ne fut
jamais facile de vivre chrétiennement, aujourd’hui moins que jamais. Pourtant, si nous nous fondons sur le mystère pascal, mort et résurrection du Seigneur, alors le monde nous regardera avec des
yeux différents. Car nous n’imposerons rien, mais proposerons tout ce que nul ne peut communiquer ici-bas : la foi de Jésus Christ. C’est pourquoi, je vous invite, frères et sœurs, au
cours de ce Carême à méditer cette parole de l’apôtre Paul « Si tu affirmes de ta bouche que Jésus est Seigneur, si tu crois dans ton cœur que Dieu l’a
ressuscité des morts, (alors) tu seras sauvé. » (Rom 10, 9)
Cela signifie que tu entreras dans cet ordre de la charité dont parle Pascal où la
vie prend un sens, où souffrances et mort ne sont pas livrées à l’arbitraire, mais nous conduisent à la croix du Seigneur Jésus par laquelle nous sommes sauvés, libérés et éternisés. Car c’est
cette croix glorieuse qui remporte la victoire de Pâques.
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Comme vous le savez tous, la date de mon anniversaire approche.
Tous les ans, il y a une grande célébration en mon honneur et je pense que cette année encore cette célébration aura lieu. Pendant
cette période, tout le monde fait du shopping, achète des cadeaux, il y a plein de publicité à la radio et dans les magasins, et tout cela augmente au fur et à mesure que mon anniversaire se
rapproche.
C'est vraiment bien de savoir, qu'au moins une fois par an, certaines personnes pensent à moi. Pourtant je remarque que si au début les gens paraissaient
comprendre et semblaient reconnaissants de tout ce que j'ai fait pour eux, plus le temps passe, et moins ils semblent se rappeler la raison de cette célébration. Les familles et les amis se
rassemblent pour s'amuser, mais ils ne connaissent pas toujours le sens de la fête.
Je me souviens que l'année dernière il y avait un grand banquet à mon honneur. La table de salle à manger était remplie de mets délicieux, de gâteaux, de fruits et de chocolats. La décoration
était superbe et il y avait beaucoup de magnifiques cadeaux emballés de manière très spéciale.
Mais vous savez quoi? Je n'étais pas invité... J'étais en théorie l'invité d'honneur, mais personne ne s'est rappelé de moi et ils ne m'ont pas envoyé
d'invitation. La fête était en mon honneur, mais quand ce grand jour est arrivé, on m'a laissé dehors, et ils m'ont fermé la porte à la figure... et pourtant moi je voulais être avec eux et
partager leur table.
En réalité, je n'étais pas surpris de cela car depuis quelques années, toutes les portes se referment devant moi. Comme je n'étais pas invité, j'ai décidé de me
joindre à la fête sans faire de bruit, sans me faire remarquer. Je me suis mis dans un coin, et j'ai observé. Tout le monde buvait, certains étaient ivres, ils faisaient des farces, riaient à
propos de tout. Ils passaient un bon moment. Pour couronner le tout, ce gros bonhomme à la barbe blanche est arrivé, vêtu d'une longue robe rouge, et il riait sans arrêt : 'ho ho ho!' Il s'est
assis sur le sofa et tous les enfants ont couru autour de lui, criant 'Père Noël! Père Noël!', comme si la fête était en son honneur!
A minuit, tout le monde a commencé à s'embrasser ; j'ai ouvert mes bras et j'ai attendu que quelqu'un vienne me serrer dans ses bras et... vous savez quoi...
personne n'est venu à moi. Soudain ils se sont tous mis à s'échanger des cadeaux. Ils les ont ouverts un par un, en grande excitation. Quand tout a été déballé, j'ai regardé pour voir si,
peut-être, un cadeau était resté pour moi.
Qu'auriez vous ressenti si, le jour de votre anniversaire, tout le monde s'échangeait des cadeaux et que vous n'en receviez aucun ? J'ai enfin compris que je n'étais pas désiré à cette soirée
et je suis parti silencieusement.
Tous les ans ça empire. Les gens se rappellent seulement de ce qu'ils boivent et mangent, des cadeaux qu'ils ont reçu, et plus personne ne pense a moi. J'aurais
voulu pour la fête de Noël cette année, que vous me laissiez rentrer dans votre vie. J'aurai souhaité que vous vous rappeliez qu'il y a plus de 2000 ans de cela, je suis venu au monde dans le
but de donner ma vie pour vous, et en définitive pour vous sauver. Aujourd'hui je souhaite seulement que vous croyiez à cela de tout votre coeur. Comme nombreux sont ceux qui ne m'ont pas
invité à leur fête l'an passé, je vais cette fois organiser ma propre fête et j'espère que vous serez nombreux à me rejoindre.
Notre attente de la venue du Seigneur n’est point nostalgique. Nous sommes et devons être dans la position de ces grands ancêtres dont la foi ardente fut le signe
distinctif : ils attendaient en effet que le Seigneur vînt se révéler à eux-mêmes, mais aussi au peuple élu. Abraham et Jean-Baptiste sont des exemples parfaits de cet Avent (= attente).
L’un et l’autre préparent la venue du Seigneur avec une confiance absolue en la Promesse qui leur est adressée. Point de nostalgie. Ils ne veulent pas reconstituer le passé, en
l’actualisant, comme le fait Proust dans son œuvre romanesque : ils regardent l’avenir où va se manifester la divine Présence et avancent sans barguigner.
« Abraham ne retournera jamais à Ur en Chaldée. C’est un départ irréversible pour lui. Le temps a un sens. »
Jean-Baptiste reçoit la mission d’annoncer « Celui qui vient », le Messie, il est le Précurseur.
Dans Malachie, nous lisons ceci qui le concerne prophétiquement « Voici que j’envoie mon ange qui préparera les voies devant ma face. » (3, 1)
Nous devons suivre de tels exemples, si nous voulons vivre une foi adulte qui ne renie pas le passé, mais l’intègre dans la reconnaissance des « mirabilia Dei », des
merveilles que le Seigneur accomplit dans notre histoire individuelle et collective.
Message de Benoît XVI pour la Journée mondiale de la paix 2009
Sur le thème : Combattre la pauvreté, construire la paix
ROME, Jeudi 11 décembre 2008 (ZENIT.org) - Nous publions ci-dessous le texte intégral du message de Benoît XVI pour la prochaine Journée mondiale de la paix qui aura lieu le 1er janvier
2009. Le message a pour thème : Combattre la pauvreté, construire la paix.
MESSAGE DE SA SAINTETÉ BENOÎT XVI POUR LA CÉLÉBRATION DE LA JOURNÉE MONDIALE DE LA PAIX
1er JANVIER 2009
COMBATTRE LA PAUVRETÉ, CONSTRUIRE LA PAIX
1. Au début de cette nouvelle année, je désire adresser à tous mes vœux de paix et, par ce Message, inviter chacun à
réfléchir sur le thème: Combattre la pauvreté, construire la paix. Monvénéré prédécesseur Jean-Paul II, dans le
Message pour la Journée Mondiale de la Paix de
1993, avait déjà souligné les répercussions négatives que la situation de pauvreté de populations entières finit par avoir sur la paix. De fait, la pauvreté figure souvent parmi les facteurs
qui favorisent ou aggravent les conflits, y compris armés. À leur tour, ces derniers alimentent de tragiques situations de pauvreté. « Une autre menace réelle pour la paix se confirme dans le
monde et devient de plus en plus grave - écrivait Jean-Paul II: - de nombreuses personnes et même des populations entières vivent aujourd'hui dans des conditions d'extrême pauvreté. L'inégalité
entre riches et pauvres est devenue plus évidente, même dans les pays économiquement les plus développés. Il s'agit là d'un problème qui s'impose à la conscience de l'humanité, car la situation
dans laquelle se trouvent nombre de personnes offense leur dignité foncière et, en conséquence, compromet le progrès authentique et harmonieux de la communauté mondiale ».[1]
2. Dans ce contexte, combattre la pauvreté implique donc une prise en considération attentive du phénomène complexe de
la mondialisation. Cetteprise en compte est importante déjà du point de vue méthodologique, parce qu'elle invite à
utiliser le fruit des recherches menées par les économistes et les sociologues sur les divers aspects de la pauvreté. La référence à la mondialisation devrait, également, revêtir un sens
spirituel et moral, car elle nous pousse à considérer les pauvres dans la perspective consciente que nous participons tous à un unique projet divin, celui de la vocation à construire une unique
famille dans laquelle tous - individus, peuples et nations - règlent leurs comportements en les basant sur les principes de fraternité et de responsabilité.
Dans cette perspective, il est nécessaire d'avoir une vision ample et détaillée de la pauvreté. Si la pauvreté n'était que
matérielle, les sciences sociales, qui nous aident à mesurer les phénomènes sur la base de données de caractère surtout quantitatif, seraient suffisantes pour en éclairer les caractéristiques
principales. Nous savons cependant qu'il existe des pauvretés immatérielles, qui ne sont pas la conséquence directe et automatique de carences matérielles. Par exemple, dans les sociétés riches
et avancées, se trouvent des phénomènes de marginalisation, de pauvreté relationnelle, morale et spirituelle: il s'agit de personnes intérieurement désorientées, qui connaissent diverses
formes de malaise malgré le bien-être économique. Je pense, d'une part, à ce qu'on appelle le « sous-développement moral » [2] et, de l'autre, aux conséquences
négatives du « surdéveloppement ».[3] Je n'oublie pas non plus que, dans
les sociétés dites « pauvres », la croissance économique est souvent freinée par des obstacles culturels, qui ne permettent pas une utilisation correcte des ressources. Il demeure vrai,
quoi qu'il en soit, que toute forme de pauvreté non choisie prend racine dans le manque de respect envers la dignité transcendante de la personne humaine. Quand l'homme n'est pas considéré dans
l'intégralité de sa vocation et que les exigences d'une véritable « écologie humaine » [4] ne sont pas respectées, les
dynamiques perverses de la pauvreté se déclenchent aussi, comme cela apparaît évident dans certains domaines que j'évoquerai brièvement.
Pauvreté et implications morales
3. La pauvreté est souvent mise en relation, comme étant sa cause directe, avec la croissance démographique. En
conséquence de quoi, sont mises en œuvre des campagnes de réduction des naissances, conduites au niveau international, recourant aussi à des méthodes qui ne respectent ni la dignité de la femme
ni le droit des époux à choisir de manière responsable le nombre de leurs enfants [5] et souvent même, ce qui est plus
grave, qui ne respectent pas le droit à la vie. L'élimination de millions d'enfants non-nés, au nom de la lutte contre la pauvreté, constitue en réalité la disparition des plus pauvres parmi les
êtres humains. Face à cela, le fait est qu'en 1981, environ 40% de la population mondiale vivait au-dessous du seuil de pauvreté absolue, tandis qu'aujourd'hui ce pourcentage a diminué de moitié
et que sont sorties de la pauvreté des populations que caractérise, entre autres, une forte augmentation démographique. Cette donnée met en évidence que les ressources existeraient pour résoudre
le problème de la pauvreté, même en présence d'une croissance de la population. Il ne faut pas oublier que, depuis la fin de la seconde Guerre mondiale jusqu'à nos jours, la population sur la
terre a augmenté de quatre milliards et que, dans une large mesure, ce phénomène concerne des pays qui ont récemment émergés sur la scène internationale comme de nouvelles puissances économiques
et qui ont connu un développement rapide précisément grâce au nombre élevé de leurs habitants. En outre, parmi les Nations les plus développées, celles qui ont les taux de natalité les plus
élevés jouissent des meilleures potentialités de développement. En d'autres termes, il apparaît que la population est une richesse et non un facteur de pauvreté.
4. Une autre source de préoccupation est constituée par les maladies pandémiques comme, par exemple, la malaria, la
tuberculose et le sida, qui, dans la mesure où elles frappent les secteurs productifs de la population, influent grandement sur l'aggravation des conditions générales du pays. Les tentatives pour
freiner les conséquences de ces maladies sur la population n'atteignent pas toujours des résultats significatifs. Il arrive, en outre, que les pays victimes de certaines de ces pandémies doivent
subir, pour y faire face, le chantage de ceux qui conditionnent les aides économiques à la mise en œuvre de politiques contraires à la vie. Il est en particulier difficile de combattre le sida,
qui est une cause dramatique de pauvreté, si les problématiques morales liées à la diffusion du virus ne sont pas affrontées. Il faut en premier lieu mettre en œuvre des campagnes qui éduquent,
surtout les jeunes, à une sexualité qui soit conforme à la dignité de la personne; des initiatives réalisées en ce sens ont déjà obtenu des résultats significatifs, en faisant diminuer la
diffusion du VIH. Il faut ensuite mettre à la disposition des peuples pauvres les médicaments et les soins nécessaires; ce qui suppose un engagement fort en faveur de la recherche médicale et des
innovations thérapeutiques, ainsi qu'une application souple, quand cela s'avère nécessaire, des règles internationales qui régissent la propriété intellectuelle, afin de garantir à tous les soins
sanitaires de base nécessaires.
5. Un troisième domaine, qui est l'objet d'attention dans les programmes de lutte contre la pauvreté et qui en manifeste la
dimension morale intrinsèque, est la pauvreté des enfants. Quand la pauvreté frappe une famille, les enfants en sont les victimes les plus vulnérables: presque la moitié des personnes
qui vivent dans la pauvreté absolue est aujourd'hui constituée par des enfants. Considérer la pauvreté en se mettant du côté des enfants conduit à retenir comme prioritaires les objectifs qui les
intéressent plus directement comme, par exemple, l'attention aux mères de famille, le travail éducatif, l'accès aux vaccins, aux soins médicaux et à l'eau potable, la sauvegarde de
l'environnement et, surtout, l'engagement pour la défense de la famille et pour la stabilité des relations en son sein. Quand la famille s'affaiblit, les préjudices retombent inévitablement sur
les enfants. Là où la dignité de la femme et de la mère n'est pas protégée, ceux qui en subissent les conséquences, ce sont d'abord et toujours les enfants.
6. Un quatrième domaine qui, du point de vue moral, mérite une particulière attention est la relation qui existe entre
le désarmement et le développement. Le niveau global actuel des dépenses militaires des États est préoccupant. Comme j'ai déjà eu l'occasion de le souligner, le fait est que « les immenses
ressources matérielles et humaines engagées pour les dépenses militaires et pour les armements sont en réalité soustraites aux projets de développement des peuples, spécialement à ceux qui sont
les plus pauvres et qui ont le plus besoin d'aide. Cela va à l'encontre de ce que la Charte des Nations-Unies elle-même affirme, quand elle engage la communauté internationale et les États en
particulier, "à favoriser l'établissement et le maintien de la paix et de la sécurité internationale en ne détournant vers les armements que le minimum des ressources humaines et économiques du
monde" (art. 26) ».[6]
Cet état de chose n'aide pas mais, au contraire, il constitue un obstacle sérieux à la poursuite des grands objectifs de
développement de la communauté internationale. En outre, une croissance excessive des dépenses militaires risque d'accélérer une course aux armements qui provoque des poches de sous-développement
et de désespoir, se transformant ainsi paradoxalement en facteurs d'instabilité, de tension et de conflit. Comme l'a sagement déclaré mon vénéré prédécesseur Paul VI, « Le développement est le
nouveau nom de la paix ».[7] Les États sont donc appelés à
réfléchir sérieusement sur les raisons les plus profondes des conflits, souvent allumés par l'injustice, et à y remédier par une autocritique courageuse. Si l'on parvient à une amélioration des
relations, cela devrait permettre une réduction des dépenses d'armements. Les ressources économisées pourront être destinées à des projets de développement des personnes et des peuples plus
pauvres et nécessiteux: l'engagement consenti en ce sens est un engagement pour la paix au sein de la famille humaine.
7. Un cinquième domaine relatif à la lutte contre la pauvreté matérielle concerne la crise alimentaire actuelle,
qui compromet la satisfaction des besoins élémentaires. Cette crise n'est pas tant caractérisée par l'insuffisance de nourriture, mais davantage par les difficultés d'accès à celle-ci et par des
mouvements spéculatifs et, donc, aussi par un déficit de coordination des institutions politiques et économiques en mesure de faire face aux nécessités et aux urgences. La malnutrition peut aussi
entraîner de graves dommages psychophysiques aux populations, privant de nombreuses personnes des énergies nécessaires pour sortir, sans une aide particulière, de leur situation de pauvreté. La
conséquence est que ces populations ne sont pas en mesure de sortir seules de leur sous-développement. Cela contribue à élargir la fourchette des inégalités, provoquant des réactions qui risquent
de devenir violentes. Ces dernières années, les données sur l'évolution de la pauvreté relative indiquent toutes un accroissement de l'écart entre riches et pauvres. Les causes principales de ce
phénomène sont sans doute, d'une part, le changement technologique, dont les bénéfices se concentrent dans la zone la plus élevée de la distribution du revenu et, d'autre part, la dynamique des
prix des produits industriels, qui augmentent beaucoup plus rapidement que les prix des produits agricoles et des matières premières que possèdent les pays les plus pauvres. Il arrive ainsi que
la majeure partie de la population des pays les plus pauvres souffre d'une double marginalisation: en termes de revenus plus bas et de prix plus élevés.
Lutte contre la pauvreté et solidarité globale
8. L'une des voies maîtresses pour construire
la paix est une mondialisation ayant pour objectif les intérêts de la grande famille humaine.[8] Cependant pour gérer ainsi la
mondialisation, il faut une forte solidarité globale [9] entre pays riches et pays pauvres,
de même qu'au sein de chaque pays, même s'il est riche. Un « code éthique commun » [10] est nécessaire, dont les normes
n'auraient pas seulement un caractère conventionnel, mais seraient enracinées dans la loi naturelle inscrite par le Créateur dans la conscience de tout être humain (cf. Rm 2, 14-15). Ne
nous sentons-nous pas appelés, chacun, au fond de notre conscience, à apporter notre propre contribution au bien commun et à la paix sociale ? La mondialisation élimine certaines barrières, mais
cela ne signifie pas qu'elle ne puisse pas en construire de nouvelles; elle rapproche les peuples, mais la proximité territoriale et temporelle ne crée pas, de soi, les conditions d'une véritable
communion et d'une paix authentique. La marginalisation des pauvres de la planète ne peut trouver de remède valide dans la mondialisation que si chaque homme se sent personnellement blessé par
les injustices existant dans le monde et par les violations des droits de l'homme qui y sont liées. L'Église, qui est « signe et instrument de l'union intime avec Dieu et de l'unité de tout le
genre humain »,[11] continuera à offrir sa
contribution afin que soient dépassées les injustices et les incompréhensions et qu'advienne un monde plus pacifique et plus solidaire.
9. Dans le domaine du commerce international et des transactions financières, des processus sont
aujourd'hui en place qui permettent une intégration positive des économies, ce qui contribue à l'amélioration des conditions générales; mais il y a aussi des processus en sens inverse, qui
suscitent des divisions entre les peuples et la marginalisation, créant ainsi de dangereux risques de guerres et de conflits. Dans les décennies qui ont suivi la seconde Guerre mondiale, le
commerce international des biens et des services s'est accru de manière extrêmement rapide, avec un dynamisme qui n'avait jamais eu de précédents au cours de l'histoire. Une grande partie du
commerce mondial concernait les pays d'industrialisation ancienne, auxquels se sont ajoutés de manière significative de nombreux pays émergents qui en sont devenus des acteurs importants. Mais
d'autres pays, dont le revenu est bas, demeurent largement en marge des mouvements d'échanges commerciaux. Leur croissance s'est trouvée ralentie par la chute rapide, dans les dernières
décennies, du cours des matières premières qui représentent la quasi totalité de leurs exportations. Dans ces pays, africains pour la plupart, la dépendance par rapport aux exportations des
matières premières continue à représenter un puissant facteur de risque. Je voudrais ici renouveler un appel afin que tous les pays aient les mêmes possibilités d'accès au marché mondial, en
évitant toute exclusion et toute marginalisation.
10. Une réflexion similaire peut être conduite à propos du domaine financier, qui concerne l'un des aspects premiers du
phénomène de la mondialisation, grâce au développement de l'électronique et aux politiques de libéralisation des flux monétaires entre les différents pays. La fonction objectivement la plus
importante de la finance, celle qui consiste à soutenir à long terme la possibilité d'investissements et donc de développement, se révèle aujourd'hui tout à fait fragile: elle subit les
contrecoups négatifs d'un système d'échanges financiers - au niveau national et mondial - basé sur une logique du très court terme, qui a pour but l'accroissement de la valeur des activités
financières et se concentre sur la gestion technique des diverses formes de risque. La récente crise démontre aussi comment l'activité financière est parfois guidée par des logiques purement
auto-référencées et dépourvues de considération, à long terme, pour le bien commun. Le nivellement des objectifs des opérateurs financiers mondiaux à l'échelle du très court terme, diminue la
capacité de la finance de jouer son rôle de pont entre le présent et l'avenir, pour soutenir la création de nouvelles possibilités de production et de travail sur une longue période. Une finance
limitée au court terme et au très court terme devient dangereuse pour tous, même pour ceux qui réussissent à en tirer profit dans les périodes d'euphorie financière.[12]
11. Il ressort de tout cela que la lutte contre la pauvreté exige une coopération aussi bien sur le plan économique que sur
le plan juridique qui permette à la communauté internationale et en particulier aux pays pauvres de trouver et de mettre en œuvre des solutions coordonnées pour affronter ces problèmes en donnant
un cadre juridique efficace à l'activité économique. Elle requiert en outre des incitations pour créer des institutions efficaces et participatives, ainsi que des soutiens pour lutter contre la
criminalité et promouvoir une culture de la légalité. On ne peut nier, par ailleurs, que les politiques fondées sur l'assistance sont à l'origine de nombreux échecs dans l'aide aux pays pauvres.
Investir dans la formation des personnes et développer sur un mode inclusif une culture spécifique de l'initiative constitue actuellement, semble-t-il, la démarche appropriée à moyen et long
terme. Si, pour se développer, les activités économiques ont besoin d'un contexte favorable, cela ne veut pas dire qu'il ne faut pas accorder d'attention aux problèmes du revenu. Si l'on a fort à
propos souligné que l'accroissement du revenu par tête ne peut pas constituer de manière absolue la fin de l'action politico-économique, on ne doit pas pour autant oublier que celui- ci
représente un moyen important pour atteindre l'objectif de la lutte contre la faim et l'extrême pauvreté. À cet égard, doit être écartée comme une illusion l'idée selon laquelle une politique de
pure redistribution des richesses existantes puisse résoudre le problème définitivement. Dans une économie moderne, en effet, la valeur de la richesse dépend dans une importante mesure de sa
capacité de créer du revenu pour le présent et pour l'avenir. La création de valeurs devient donc une obligation incontournable, dont il faut tenir compte pour lutter de manière efficace et
durable contre la pauvreté matérielle.
12. Mettre les pauvres à la première place suppose, enfin, que les acteurs du marché international construisent un espace où
puisse se développer une juste logique économique, et que les acteurs institutionnels mettent en œuvre une juste logique politique ainsi qu'une correcte logique de
participation capable de valoriser la société civile, locale et internationale. Les Organismes internationaux eux-mêmes reconnaissent de nos jours combien sont précieuses et profitables les
initiatives économiques de la société civile ou des administrations locales pour permettre la sauvegarde et l'insertion dans la société des couches de population qui, souvent, sont au-dessous du
seuil de l'extrême pauvreté et qui, en même temps, sont difficilement atteintes par les aides officielles. L'histoire du développement économique du XXe siècle montre que de bonnes
politiques de développement relèvent de la responsabilité des hommes et de la création de synergies positives entre marchés, société civile et États. En particulier, la société civile a un rôle
de premier plan dans tout processus de développement, parce que le développement est essentiellement un phénomène culturel et que la culture naît et se développe dans le domaine civil.[13]
13. Comme mon vénéré prédécesseur Jean-Paul II l'a affirmé, la mondialisation « se présente avec un caractère très marqué
d'ambivalence » [14] et elle doit donc être gérée
avec une sage vigilance.[15] Cette forme de sagesse requiert
que l'on tienne compte en premier lieu des besoins des pauvres de la terre, en mettant fin au scandale de la disproportion entre les problèmes de la pauvreté et les mesures prévues pour les
affronter. Cette disproportion, si elle est d'ordre culturel et politique, est avant tout d'ordre spirituel et moral. Souvent, on s'arrête sur les causes superficielles et instrumentales de la
pauvreté, sans aller jusqu'au cœur de l'homme où s'enracinent l'avidité et l'étroitesse de vues. Les problèmes du développement, des aides et de la coopération internationale sont parfois
envisagés sans qu'il y ait un véritable engagement des personnes, mais simplement comme des questions techniques face auxquelles on se limite à la mise en place de structures, d'accords
tarifaires et à la concession de financements anonymes. La lutte contre la pauvreté requiert au contraire des hommes et des femmes qui vivent en profondeur la fraternité et qui soient capables
d'accompagner les personnes, les familles et les communautés sur les chemins d'un authentique développement humain.
Conclusion
14. Dans l'encyclique Centisimus annus, Jean-Paul II mettait en garde à propos de la nécessité « d'abandonner la mentalité qui considère les
pauvres - personnes et peuples - presque comme un fardeau, comme d'ennuyeux importuns qui prétendent consommer ce que d'autres ont produit. Les pauvres - écrivait-il - revendiquent le droit
d'avoir leur part des biens matériels et de mettre à profit leur capacité de travail afin de créer un monde plus juste et plus prospère pour tous ».[16] Dans la réalité mondialisée
actuelle, il apparaît avec toujours plus d'évidence que la paix ne se construit que si l'on assure à tous la possibilité d'une croissance raisonnable: tôt ou tard, en effet, tous doivent payer
les conséquences des distorsions de systèmes injustes. Seule l'inconscience peut conduire à construire une maison dorée avec tout autour le désert et la désolation. La mondialisation, à elle
seule, est incapable de construire la paix et, dans bien des cas, au contraire, elle crée des divisions et des conflits. Celle-ci révèle plutôt un besoin: celui d'être orientée vers un objectif
de solidarité profonde qui veut le bien de chacun et de tous. Prise dans ce sens, la mondialisation doit être considérée comme une occasion propice pour réaliser quelque chose d'important dans la
lutte contre la pauvreté et pour mettre à la disposition de la justice et de la paix des ressources qui semblaient jusqu'alors inimaginables.
15. Depuis toujours, la doctrine sociale de l'Église s'est préoccupée des pauvres. Au temps de l'encyclique Rerum novarum, il s'agissait principalement des ouvriers
de la nouvelle société industrielle; dans le magistère social de Pie XI, de Pie XII, de
Jean XXIII, de Paul VI et de Jean-Paul II, ont été mises en lumière de
nouvelles pauvretés à mesure que l'horizon de la question sociale se faisait plus vaste, au point de prendre des dimensions mondiales.[17] Il faut considérer cet
élargissement de la question sociale au niveau mondial non seulement comme une extension quantitative, mais aussi comme un approfondissement qualitatif concernant la vie de l'homme et les besoins
de la famille humaine. Pour cette raison, l'Église, tandis qu'elle suit avec attention les phénomènes actuels de la mondialisation et leur influence sur les pauvretés humaines, montre les
nouveaux aspects de la question sociale, non seulement dans leur extension, mais aussi dans leur profondeur, en ce sens qu'ils concernent l'identité de l'homme et sa relation à Dieu. Il s'agit de
principes de doctrine sociale qui tendent à mettre en lumière les points de rencontre entre pauvreté et mondialisation et à orienter l'action vers la construction de la paix. Parmi ces principes,
il est opportun de rappeler ici, de manière particulière, à la lumière du primat de la charité, l'« amour préférentiel pour les pauvres » [18] dont toute la tradition
chrétienne témoigne depuis l'Église des origines (cf. Ac 4, 32-36; 1 Co 16, 1; 2 Co 8-9; Ga 2, 10).
« Que chacun joue le rôle qui lui revient et qu'il ne tarde pas », écrivait en 1891 Léon XIII, en ajoutant: « Quant à
l'Église, jamais elle n'abandonnera, en aucune manière, son œuvre ».[19] Cette conscience accompagne
encore aujourd'hui l'action de l'Église envers les pauvres, en qui elle reconnaît le Christ,[20] et elle entend sans cesse
résonner en son cœur le commandement du Prince de la paix à ses Apôtres: « Vos date illis manducare - donnez-leur vous-mêmes à manger » (Lc 9,13). Fidèle à cette invitation de
son Seigneur, la Communauté chrétienne ne manquera jamais de donner à la famille humaine tout entière son soutien dans les élans de solidarité créative, non seulement pour donner le superflu mais
surtout pour que changent « les styles de vie, les modèles de production et de consommation, les structures de pouvoir établies qui régissent aujourd'hui les sociétés ».[21] À chaque disciple du
Christ, comme aussi à toute personne de bonne volonté, j'adresse donc en ce début d'année un chaleureux appel à élargir l'espace de son cœur vers les nécessités des pauvres et à faire tout ce
qu'il est concrètement possible de faire pour leur venir en aide. Car demeure incontestablement vrai le principe selon lequel « combattre la pauvreté, c'est construire la paix ».
Cette attente spirituelle, l’Avent, est fondée sur la joie dont il nous est dit qu’elle est fille de la charité. Nous attendons Jésus le
sauveur, à l’instar de Jean-Baptiste ; et nous savons quel’avènement du Verbe de Dieu a produit dans notre monde la joie parfaite, le bonheur
impérissable. Pourquoi ? Parce que Dieu nous donne, en communiquant sa Parole éternelle, son Amour, qui est
certitude que nous sommes présents de toute éternité dans son cœur. Ce ne peut être qu’un amour substantiel, car dans le Seigneur rien n'est accidentel, fortuit, passager.
C’est cela qu’il nous faut saisir lorsque Jean-Baptiste nous parle de conversion. La mission de Jean en effet est d’être « le témoin de la
lumière aux prises avec les ténèbres. » C’est d’ailleurs le thème sur lequel est fondé l’Evangile : la lumière mène le combat de l’amour livré, offert contre le péché qui est refus
d’aimer, de se livrer à Jésus.
Jean nous réveille de notre léthargie pour que nous accueillions Celui qui nous arrache auxpuissances du
Mal. L’Eglise nous appelle à la « metanoia » (= conversion) pour que la joie qui inonde nos cœurs depuis la Nativité atteigne toute personne ici-bas. Ce à quoi nous invite leprécurseur de la lumière est à l’humilité qui reçoit le don gratuit de Dieu sans se prévaloir dequelque mérite que ce
soit !
En effet, Jean « a vu où se trouvait le salut. Il a compris qu’il n’était que la lampe, il a craint qu’elle ne soit éteinte par le vent de l’orgueil. » (Saint
Augustin)
Nous expérimentons quotidiennement que l’orgueil est à l’opposé de tout amour véritable.
Précisons le sens du mot Avent qui tire son origine du latin adventus et du grec parousia, il signifie venue. Célébrer l’Avent est donc attendre la venue de quelqu’un ou de quelque chose.
Qu’attendons-nous ? Un événement ou une personne ? En réalité, les deux à la fois, puisque l’événement est la nativité du Fils de Dieu, « Celui qui vient », Jésus Christ le
Sauveur. Mais interrogeons-nous sérieusement ? « Sommes-nous en attente de cette double venue ? En un mot, aspirons-nous au salut
éternel ? »
C’est à cette question cruciale qu’il nous faut nous attacher aujourd’hui. Car la réponse ne dépend pas de nous, mais du Seigneur soi-même.
Reprenons trois mots essentiels qui se trouvent dans le Prologue de Jean : Lógos sarx eghéneto « Le Verbe/La Parole s’est fait chair ».
En ce verset, nous atteignons le centre vital de notre foi chrétienne. En effet, par l’Incarnation la Parole éternelle entre dans l’espace et le temps, prend un visage et décline son identité.
Désormais, nous ne pouvons plus parler de Dieu sans préciser, « L’Homme-Dieu » Jésus le Verbe fait chair. En effet, le
Christ est « le Verbe qui est avec Dieu et qui est Dieu », il est « l’image du Dieu invisible et le premier-né de toutes les créatures » (Col 1, 15), mais il est aussi
Jésus de Nazareth qui foule le sol de Palestine et s’exprime en langage accessible à toute personne. Ceux et celles qui le rencontrent peuvent le nommer, comme on le fait d’un simple humain.
« Le Christ réel, donc, est chair fragile et mortelle, il est histoire et humanité ; mais il est aussi gloire, divinité et mystère : celui qui nous révèle le Dieu que personne n’a
vu (cf. Jean 1, 18) ». C’est de cette vérité que nous vivons et dont nous devons témoigner en tous temps et tous lieux.
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